Au pays d'Angkor- "je n'opte que pour des pays de sculpteurs"-, il a choisi d'initier les enfants au bas-relief sur de petits blocs de terre, semblables à des tuiles plates, de taille identique afin qu'ils s’accouplent les unes aux autres dans une fresque renversée. Un cadre restreint "pour pousser les enfants à canaliser leur énergie". Leur fantaisie s'est souvent inspirée de la nature, animaux en tout genre, la volaille côtoyant les crocodiles et les bêtes fantastiques, et de paysages. Un quotidien qu'ils ont revisité avec, pour certains, quelques clins d'oeil aux images cartes postales du royaume, entre Apsara et Angkor Vat.Ce n'est que du spontané! Ces enfants sont vierges de toute émotion artistique et de toute illusion esthétique, car sans référents. J'ai té attendri par plusieurs petites filles qui ont pris comme sujet l'intérieur sobre de leur maison : un lit et une table. "Des choses simples, qui devraient prendre une signification en s'intégrant dans un cadre plus large, dans une installation.
" Ce ne devrait pas être une accumulation de mini-oeuvres, mais la mise en forme d'un tout "...
Interview réalisée par Stéphanie Gée de Cambodge Soir
"Se placer sur le terrain est propice à la création. On est comme propulsés !"
L'instituteur devenu psychomotricien en milieu scolaire avait peu à faire pour jeter un pont entre sa passion de la sculpture et l'aide aux enfants en difficulté, d'autant que le modelage est "sensoriel et de fait, naturel pour les gosses".
Entrée du Restaurant Friends
Le quinquagénaire accroche depuis vingt ans des blocs de pierre taillée en région parisienne, dans le jardin de sculpture de la Dhuys mis à la disposition de ses délires créateurs par la mairie de Chessy. L'original met un point d'honneur à travailler ses pièces dans les fragments d'un ancien aqueduc bombardé pendant la guerre et échoués dans la rivière. Du moins, tant qu'il en reste.Aujourd'hui, la volonté d'étendre son atelier en plein air, et de créer une nouvelle "rivière d'argile" l'a conduit au Cambodge, et plus précisément vers les enfants des rues.
C'est la deuxième fois qu'il mène un atelier de deux semaines avec des enfants des rues de l'ONG Friends. Et puis, comme s'il avait besoin de justifier sa démarche
Jacques Servières au Cambodge avec l'ONG Friends
Fondation d'aide à l'enfance défavorisée fondée par Sébastien Marrot s'occupant au Cambodge de la réinsertion des enfants fugueurs ou abandonnés.
Chemise blanche sur bermuda clair, Jacques Servières n'a pas le look de l'artiste Pas très typé, certes, mais une grande gueule et de l'énergie à revendre. Pascambodge une grande vérité abstraiteà nous dévoiler, dit-il. " La sculpture,c'est physique et le sculpteur, quelqu'unde concret, qui connaît son matériau. Au départ, pas de démarche intellectuelle !On part du réel pour aller vers le symbole.Je ne suis pas un artiste conceptuel",formule-t’il avec son franc-parler,rebondissant d'une idée à l'autre, ouvrantdes parenthèses qu'il oublie parfois derefermer.
toute bénévole, Jacques Servières précise : " Je n'aime pas voyager pour rien. Au lieu de revenir les valises bourrées de souvenirs du pays, je regagne la France avec des articles de presse et des moments inoubliables passés avec les enfants!"
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